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| Chasseur et meneur d'hommes | Le poste de Perry River |
| Sherman Inlet | Un Inuit remarquable |

Le poste de Perry River

photo de Stephen Angulalik devant l'enseigne du poste
Ikpakohainok, Stephen Angulalik devant l'enseigne du poste
(Archives des Territoires du Nord-Ouest N- 1986-002: 0154)

Le poste d’Angulalik, situé sur l’île Flagstaff, consistait à l’origine en une résidence et un magasin. Dès qu’il devint commerçant en fourrures, une des premières actions d’Angulalik fut d’acquérir un bateau. En 1929, il navigua jusqu’à l’île Herschel avec Hugh Clarke sur le navire de ravitaillement Nigalik de la Canalaska pour prendre possession de sa propre goélette, la Tudlik.

Angulalik acheta la Tudlik de la Canalaska et C.T.Pedersen prit les arrangements nécessaires pour les assurances maritimes du bateau. En 1935, la Tudlik fut remise en état par la Canalaska au coût de 3 000 $, avec l’ajout d’un nouveau moteur diesel de 35 hp. Dudley Copeland affirme qu’Angulalik venait à l’île Herschel tous les étés avec la Tudlik, mais les documents de la Canalaska font plutôt état de livraisons de biens commerciaux par le biais d’autres navires comme le Fox et le Morris. Cela signifie peut-être qu’Angulalik venait parfois à l’île Herschel par intérêt personnel mais ramassait son matériel à Cambridge Bay en d’autres occasions.

photo du Tudlik
La Tudlik en cale sèche sur la rive, quelqu’un travaillant sur la coque.

(Archives des Territoires du Nord-Ouest /N-1986-002: 0102)

Le commerce d’Angulalik était si florissant que la CBH implanta un poste à Perry River, en 1937, pour lui faire compétition. Cependant, en 1936, la Canalaska Trading Company fut vendue à la CBH et cessa toute opération à partir de 1938. Une partie de l’entente entre le propriétaire de la Canalaska, C.T. Pedersen et la CBH stipulait que la CBH devait continuer à approvisionner Angulalik en biens commerciaux. Ces conditions furent acceptées par la CBH, mais Dudley Copeland se souvient que la première commande d’Angulalik fut perçue comme très singulière par les comptables de la CBH :

Lorsque Angulalik fut accepté comme client – en demandant un crédit d’environ 20 000 $ – le commissaire en commerce de fourrures me demanda de consulter le directeur au crédit… Le directeur au crédit n’en revenait pas : c’était pure folie que de risquer un aussi gros montant simplement sur la personnalité et la réputation d’un individu.

Avec Angulalik devenu client de la CBH, il n’y avait plus de raison de concurrencer son commerce, et le poste de la CBH à Perry River fut fermé en 1941. La maison d’habitation du poste de la CBH fut vendue à Angulalik en 1942.

Ce fut durant cette période de changement dans les opérations commerciales d’Angulalik que décéda la première de ses deux épouses. Koloahok mourut en 1938 et Kuptana en 1939. Selon le sergent Henry Larsen de la GRC, les deux épouses d’Angulalik décédèrent durant une épidémie de rougeole. Puisqu’il était bigame, Angulalik n’avait jamais pu être baptisé, mais à la mort de Koloahok, en 1938, il fut baptisé Stephen. Quelque temps après la mort de Kuptana, en 1939, Angulalik épousa Ervana en troisième noce. Ils se marièrent dans une église, en 1941.

Angulalik était un Inuit qui exploitait un commerce pour les Inuits. Il savait donc très bien de quoi les Inuits pouvaient avoir besoin et il commandait parfois des biens que le personnel de la CBH qualifiait de « choses étranges ».

Il y avait des choses étranges dans son magasin, comme des parasols et des parapluies que les Esquimaux utilisaient de façon très singulière. Ils les recouvraient de coton blanc et en faisaient des écrans bien pratiques; caché derrière ces écrans, un chasseur pouvait surprendre un phoque assoupi sur la glace, au printemps. (Copeland 1985: 227)

Comme Angulalik ne parlait ni n’écrivait l’anglais, il est difficile d’imaginer de quelle façon il s’y prenait pour effectuer ses commandes. Étant donné qu’il disposait d’une machine à écrire, Angulalik prenait le temps de retranscrire les mots qui apparaissaient sur les emballages des produits qu’il désirait commander. Il lui arrivait parfois de ne pas retranscrire correctement le nom du produit, mais avec l’aide et la compréhension du personnel de la CBH, il parvenait toujours à obtenir ce qu’il désirait.

Angulalik s’entendait bien avec le gérant de la CBH, Scotty Gall, qui s’occupa de Cambridge Bay de 1939 à 1948 – à l’exception de l’hiver 1943-1944.

Le mécanicien qui travaillait à bord de la Tudlik d’Angulalik était Morris Pokiak, un homme moitié Noir, moitié Inuit, de l’île Herschel. Un autre homme de l’ouest, Norman Evalik, se joint à l’équipe d’Angulalik autour de 1943, en louant sa goélette, la Sea Otter.

photo de la famille Evalik comprenant Norma, Lena, David et Charlie
La famille Evalik : Norman, Lena, _, _, David et Charlie en avant.

(Archives des Territoires du Nord-Ouest /N-1986-002: 0216)

Entre ses voyages annuels à Cambridge Bay avec la Tudlik, Angulalik communiquait avec Scotty Gall par lettres, qui étaient envoyées par le biais d’expéditions régulières en traîneau à chiens.

petit graphique d'un Inukshuk Écouter Scotty Gall parler de sa relation de travail avec Angulalik (MP3 - 357k)
(Archives des Territoires du Nord-Ouest / N-1988-040-0001 and 0002)
petit graphique d'un Inukshuk Lire plutôt la transcription

Scotty Gall était très impressionné par les talents d’Angulalik comme commerçant. Non seulement alimentait-il son commerce avec des fourrures de renard, mais il approvisionnait également son poste avec de la viande provenant des produits de sa chasse.

petit graphique d'un Inukshuk Écouter Scotty Gall parler des succès commerciaux d’Angulalik (MP3 - 315k)
(Archives des Territoires du Nord-Ouest /N-1998-049-0050)
petit graphique d'un Inukshuk Lire plutôt la transcription

En plus de chasser, Angulalik quittait le poste pour trapper, ce qui lui permettait d’augmenter son revenu. Sa troisième épouse, Ervana, se remémore leur style de vie au début des années 1940 :

Les Inuits utilisaient cette région pour trapper le renard. Je suis allée trapper avec Angulalik peu après notre mariage. Il y a longtemps, sur cette rivière (Perry River), on installait des trappes tout le long des berges. Et ici aussi, le long des berges côtières. Quand il dirigeait le poste, il appréciait voyager et installer des trappes et je l’accompagnais au début de notre mariage. À l’époque de notre mariage, nous remontions la rivière (Perry River) sur une courte distance et installions des trappes avec l’aide de jeunes hommes. Il y avait toujours quelqu’un pour l’aider. Nous installions des trappes le long des côtes jusqu’à Sherman Inlet. (Mabel Ervana Angulalik, Kuukyuak 5.)

photo d'Ervana, écorchant un renard
Ervana, la femme d’Angulalik, en train d’écorcher un renard.

(Archives des Territoires du Nord-Ouest /N-1986-002: 0260)

En fait, Angulalik avait un style de vie unique en comparaison des autres commerçants en fourrures. Il ne passait pas la saison entière au poste à attendre que les Inuits viennent à lui. Il participait plutôt, avec sa famille, aux activités saisonnières de chasse et de pêche avec les autres Ahiarmiut.

En tant que leader, Angulalik était l’hôte des célébrations annuelles de Noël pour les Ahiarmiut. Sa femme Ervana se souvient de ces célébrations :

Pendant la saison des Fêtes, de Noël jusqu’au jour de l’An, lorsque tout le monde se retrouvait sur l’île, ils organisaient des jeux et des compétitions. C’est ainsi qu’ils célébraient le temps des Fêtes il y a longtemps. Ils s’amusaient bien. Aujourd’hui, Noël n’est plus du tout célébré comme ça l’était avant. Ils invitaient tout le monde à venir festoyer dans les igloos; ça durait des jours. Je me suis souvent demandé si nous n’aurions pas dû transmettre tout ça à notre famille, nos petits-enfants, nos enfants, pour qu’ils voient comment nous fêtions Noël il y a longtemps. (Mabel Ervana, Kuukyuak 5.)

photo de la course de traîneau à chiens de Noël à Perry River
La course de traîneaux à chiens de Noël à Perry River.
(Archives des Territoires du Nord-Ouest /N-1986-002: 0146)

Bien que ce ne soit pas sa responsabilité en tant que commerçant, Angulalik conservait des dossiers sur les gens avec lesquels il commerçait. Le rassemblement de Noël lui donnait l’occasion de recenser les hommes et les garçons des foyers. Il conservait aussi des statistiques sur les décès et les naissances et donna cette information à la GRC.

Angulalik dirigea le poste de Perry River comme commerçant indépendant jusqu’aux événements de la veille du Nouvel An de 1956, qui entraînèrent sa mise en accusation pour meurtre. En 1957, Angulalik décida de vendre ses opérations commerciales à la CBH. Après qu’il fut acquitté de l’accusation, il retourna à Perry River et travailla aux côtés du gérant du poste, Red Pedersen. Angulalik considérait Pedersen comme un membre de sa famille et agit en tant que mentor pour le jeune commerçant. Encore aujourd’hui, Pedersen reste un ami intime de la famille d’Angulalik.

Angulalik demeura employé au poste de Perry River jusqu’à sa fermeture en 1969.


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